Archivé — Une langue et une culture intraduisibles

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L'apprentissage d'une langue qui s'inscrit dans notre culture ne ressemble en rien à l'apprentissage d'une langue seconde. Un touriste peut décider d'apprendre l'italien en vue d'un voyage en Italie; par contre, un enfant autochtone étudie sa langue dans le but de devenir un fier membre de sa collectivité.

L'apprentissage d'une langue repose sur l'apprentissage de concepts. La langue ojibwe est fondée sur les verbes. Si vous demandez la traduction du mot « vent », on vous répondra par des expressions qui décrivent ce que fait le vent. « Il existe un mot qui décrit la façon dont les rafales tourbillonnent vers le bas », explique Muriel Sawyer.

Ces mots d'action sont liés à des activités. La description du mouvement des rafales explique pourquoi il est avisé ou non de naviguer sur la rivière à certains moments. Lorsqu'une personne « pense en anglais », elle ne traduit pas exactement dans une autre langue la pensée qu'elle aurait en ojibwe. « Tous ces mots anglais ne correspondent pas à nos verbes en ojibwe. »

Dans le même ordre d'idées, ajoute Eileen Erasmus, les expressions utilisées pour décrire la neige font référence aux activités extérieures. Lorsqu'on vit sur la terre à l'extérieur de Yellowknife, les activités de neige font autant partie de notre vie que les ordinateurs font partie de la vie d'un travailleur de bureau moderne. « La perte de la langue signifie la perte d'une façon de penser, » explique-t-elle.

Muriel convient qu'il est bien d'enseigner des mots et des expressions, mais pour réellement apprendre la langue vous devez la vivre. « Sinon, tout ce que vous risquez de faire, c'est d'insérer des fragments dans une structure anglaise. »

La solution que Muriel et ses collègues ont adoptée consiste à incorporer dans le programme du contenu et des activités autochtones comme la narration de contes. Même lorsque les élèves étudient l'anglais, ils le font dans un contexte autochtone. Ils atteignent les mêmes résultats, mais le contenu diffère.

L'enseignement de la langue et de la culture autochtones exige beaucoup de créativité et de recherche. Les enseignants ne peuvent se tourner vers l'industrie pour créer des jeux et des activités que les enseignants de français et d'anglais considèrent comme allant de soi. Étant donné que la langue ojibwe utilise abondamment les voyelles, le simple fait d'adapter un jeu comme le Scrabble exigerait des douzaines de voyelles de plus et le pointage associé à chaque lettre devrait être modifié en fonction de la fréquence d'utilisation.

Muriel doit créer elle-même chaque outil visuel qu'elle utilise.

De nombreuses pratiques culturelles ne trouvent pas d'écho dans la littérature. Lorsque Muriel a voulu faire connaître à ses élèves la poterie navaho, — la langue navaho a la même origine que la langue dénée — elle a dû se tourner vers les potiers locaux.

Ce qu'il faut enseigner par-dessus tout aux enfants autochtones, c'est qu'ils n'ont pas à abandonner leur culture pour s'éduquer, ajoute Muriel. Elle vise à leur démontrer que la fierté autochtone et la réussite scolaire vont de pair. Pour ce faire, les écoles doivent enseigner d'un point de vue autochtone. Les élèves ne doivent pas seulement apprendre une langue, mais leur langue, pas seulement la culture, mais leur culture et non seulement l'histoire, mais leur histoire. Un tel enseignement aidera les élèves autochtones à s'approprier leur propre identité.

« Il est important de conserver leurs histoires, parce que dans notre culture, nous ne disons jamais « Je connais la signification de cette histoire, à quoi bon l'écouter encore? ». De plus, le mot échec n'existe pas en ojibwe. »